Et si votre microbiote participait à vos addictions ? Quand l’intestin dialogue avec le cerveau de la récompense

Et si votre microbiote participait à vos addictions ? Quand l’intestin dialogue avec le cerveau de la récompense

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Le microbiote et les addictions entretiennent peut-être une relation bien plus intéressante qu’on ne l’imagine. Et si certaines bactéries intestinales participaient, indirectement, aux signaux qui influencent nos envies et nos comportements ? La recherche commence à explorer sérieusement ce dialogue entre intestin, cerveau et système de récompense.

Cet article fait partie de la série dédiée au microbiote en réponse aux questions posées par les étudiants du cursus naturopathie EquilibreSante !

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Sommaire

Pourquoi est-il parfois si difficile de résister à un verre, une cigarette, un aliment très sucré ou une substance ?

Cette question est pertinente lorsqu’on sait pourtant que ce comportement nous fait du mal ? Et si, dans cette histoire complexe, le microbiote et les addictions avaient eux aussi quelque chose à dire ?

La question peut sembler surprenante.

Nous avons l’habitude de considérer l’addiction comme une affaire essentiellement cérébrale : dopamine, système de récompense, habitudes, stress, mémoire, émotions…

Tout cela est bien réel.

Mais votre cerveau ne fonctionne pas isolément.

Il dialogue en permanence avec votre intestin, votre système immunitaire, vos hormones et les milliards de microorganismes qui vivent dans votre tube digestif.

Et ce dialogue pourrait participer à certains mécanismes impliqués dans l’addiction.

Attention toutefois : cela ne signifie pas qu’une bactérie serait responsable de votre dépendance, ni qu’un « mauvais microbiote » suffirait à expliquer une addiction.

La réalité est beaucoup plus subtile.

Certaines substances peuvent modifier l’écosystème intestinal. En retour, les modifications du microbiote et de ses métabolites pourraient influencer certains signaux impliqués dans le stress, l’inflammation, la motivation et la récompense.

Autrement dit, nous pourrions être face à une boucle.

La substance modifie l’organisme → l’organisme modifie l’environnement intestinal → le microbiote change → certains signaux biologiques changent → le cerveau reçoit de nouvelles informations → le comportement peut être influencé.

Et cette boucle mérite vraiment notre attention.

Microbiote et addictions : pourquoi l’intestin entre-t-il dans l’équation ?

Imaginez votre cerveau comme le chef d’orchestre d’un immense ensemble musical.

Il dirige.

Mais il n’est pas seul.

Le système digestif, le système immunitaire, le foie, les hormones et le microbiote jouent eux aussi leurs propres partitions.

Si l’un des instruments se désaccorde, cela ne signifie pas que toute la musique s’arrête.

Mais l’ensemble peut progressivement changer.

C’est une bonne manière de comprendre l’intérêt actuel porté à l’axe microbiote-intestin-cerveau dans les addictions.

Les recherches montrent que certaines substances psychoactives peuvent modifier la composition ou le fonctionnement du microbiote. En parallèle, des travaux chez l’animal suggèrent que des modifications du microbiote peuvent influencer certains comportements liés à la récompense, au stress ou à la recherche de substances.

Une revue consacrée au microbiote et aux troubles liés à l’usage de substances décrit notamment des mécanismes possibles impliquant le système immunitaire, les métabolites microbiens, les neurotransmetteurs et les voies épigénétiques… Accès à la revue

Mais il faut immédiatement poser une limite importante :

une association entre microbiote et addiction ne prouve pas que le microbiote provoque l’addiction.

Il peut y avoir une relation dans les deux sens.

Et c’est précisément ce qui rend le sujet passionnant.

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Microbiote et addictions : une relation qui pourrait fonctionner dans les deux sens

Prenons un exemple très simple.

Une personne consomme régulièrement de l’alcool.

L’alcool modifie son alimentation, son sommeil, son métabolisme, son foie et son environnement intestinal.

Le microbiote est donc exposé à un environnement différent.

Certaines populations bactériennes peuvent diminuer, d’autres augmenter.

La barrière intestinale peut également être perturbée.

Le système immunitaire reçoit alors de nouveaux signaux.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Les changements intestinaux peuvent eux-mêmes modifier certains métabolites et signaux qui participent à la communication avec le cerveau.

Nous obtenons alors une boucle potentielle :

consommation → dysbiose → altération de la barrière intestinale → signaux inflammatoires → communication intestin-cerveau → modification de certains comportements.

Et si la consommation se poursuit, le processus peut s’entretenir.

C’est un peu comme une roue de vélo qui tourne.

Au départ, une petite impulsion suffit.

Mais une fois lancée, chaque tour facilite le suivant.

Cela ne veut évidemment pas dire que le microbiote est « responsable » de l’addiction.

Cela signifie qu’il pourrait faire partie de l’environnement biologique dans lequel l’addiction évolue.

L’alcool offre l’un des exemples les mieux étudiés

Parmi les différentes substances, l’alcool est probablement l’un des domaines dans lesquels les interactions entre microbiote, intestin et addiction ont été particulièrement étudiées chez l’humain.

La consommation excessive d’alcool est associée à des modifications du microbiote intestinal et à une augmentation de la perméabilité intestinale.

Une étude menée chez 65 personnes présentant un trouble lié à l’usage de l’alcool a notamment observé des marqueurs de translocation microbienne plus élevés que chez les témoins. Après six semaines d’abstinence, certains de ces marqueurs avaient diminué… Voir l’étude

Une autre étude chez des personnes dépendantes à l’alcool avait observé qu’une partie des participants présentait une augmentation de la perméabilité intestinale, associée à des modifications du microbiote et à des niveaux plus élevés de symptômes d’anxiété, de dépression et de craving après trois semaines d’abstinence… Lire l’étude

Ce dernier point est particulièrement intéressant.

Le craving, c’est-à-dire cette envie intense de consommer, ne se résume pas à une simple décision consciente.

Il implique des circuits cérébraux de récompense, de motivation, de mémoire et de stress.

Et l’intestin pourrait participer à certains signaux qui modulent cet ensemble.

Alcool, microbiote et perméabilité intestinale : quand la frontière devient plus fragile

Votre intestin n’est pas un simple tuyau.

Sa paroi constitue une véritable interface entre ce qui se trouve dans la lumière intestinale et votre organisme.

Imaginez une frontière équipée de nombreux postes de contrôle.

Elle doit laisser passer les nutriments utiles tout en limitant le passage de molécules ou de fragments microbiens susceptibles d’activer fortement le système immunitaire.

Lorsque cette barrière devient plus perméable, certains composants bactériens peuvent atteindre plus facilement la circulation.

Parmi eux se trouve le lipopolysaccharide, ou LPS, un composant de la membrane externe des bactéries Gram négatif.

Le système immunitaire reconnaît le LPS grâce à différents récepteurs et peut déclencher une réponse inflammatoire.

Chez les personnes présentant un trouble lié à l’usage de l’alcool, plusieurs études ont observé des signes compatibles avec une augmentation de la perméabilité intestinale et de la translocation microbienne.

Voilà pourquoi la notion de « deuxième cerveau » est parfois trop réductrice.

L’intestin n’est pas seulement en communication avec le cerveau.

Il est aussi en communication avec le système immunitaire et le métabolisme.

Et ces trois systèmes communiquent eux-mêmes entre eux.

Le microbiote peut-il influencer le cerveau de la récompense ?

C’est ici que l’histoire devient particulièrement fascinante.

Une addiction implique notamment le système de récompense.

La dopamine joue un rôle important dans ce système, notamment dans l’apprentissage, la motivation et l’attribution de valeur à certains stimuli.

Mais attention à une autre simplification fréquente :

la dopamine n’est pas simplement la « molécule du plaisir ».

Elle participe davantage à des processus de motivation, d’apprentissage par renforcement, de saillance et d’anticipation de la récompense.

Votre cerveau apprend progressivement :

« Ce comportement m’apporte quelque chose. »

Puis :

« Certains signaux annoncent que cette récompense arrive. »

Puis parfois :

« Je recherche cette récompense même lorsque ses conséquences deviennent négatives. »

C’est l’une des raisons pour lesquelles une addiction ne peut pas être réduite à un simple manque de volonté.

Des travaux sur l’axe intestin-cerveau suggèrent que des métabolites microbiens et des signaux intestinaux pourraient interagir indirectement avec les circuits impliqués dans la récompense et la motivation. Les mécanismes précis restent toutefois largement à déterminer chez l’humain.

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Microbiote et addictions : le rôle des acides gras à chaîne courte

Nous retrouvons ici des molécules déjà rencontrées dans les précédents articles de cette série : les acides gras à chaîne courte, ou AGCC.

Vous avez probablement déjà entendu parler du butyrate.

Il est produit notamment lors de la fermentation de certaines fibres alimentaires par des microorganismes intestinaux.

Le butyrate possède de nombreuses fonctions biologiques.

Il sert notamment de substrat énergétique pour les colonocytes et participe à la régulation de certaines fonctions de la barrière intestinale et de la réponse immunitaire.

Mais son intérêt ne s’arrête pas à l’intestin.

Les AGCC peuvent également agir comme molécules de signalisation.

Ils peuvent influencer l’activité de certaines cellules et voies métaboliques.

Des travaux précliniques explorent notamment leur influence sur les fonctions cérébrales et les comportements liés à la récompense.

Une revue récente consacrée au microbiote dans les addictions rapporte justement une diminution de certains microorganismes producteurs d’AGCC dans plusieurs contextes de consommation chronique. Mais les auteurs soulignent également l’hétérogénéité des résultats selon les substances et les études… Accès à la revue

Il serait donc excessif de dire :

« manque de butyrate = addiction ».

Ce n’est pas ce que démontrent les données.

En revanche, cela ouvre une piste passionnante :

et si les métabolites microbiens participaient à l’environnement biologique dans lequel se développent certains comportements addictifs ?

Microbiote et addiction à l’alcool : un cercle entre intestin, inflammation et craving

Revenons à l’alcool.

Une consommation chronique peut perturber l’environnement intestinal.

Le microbiote peut alors se modifier.

La barrière intestinale peut devenir plus perméable.

Des composants bactériens peuvent davantage stimuler le système immunitaire.

Une inflammation systémique peut apparaître ou s’aggraver.

Et cette inflammation peut également concerner le système nerveux.

Des travaux chez des personnes dépendantes à l’alcool ont retrouvé des associations entre inflammation, perméabilité intestinale et intensité du craving.

On peut donc représenter le phénomène comme une boucle :

alcool → microbiote perturbé → barrière intestinale altérée → activation immunitaire → inflammation → signaux intestin-cerveau → vulnérabilité au craving → consommation → alcool.

Ce modèle est séduisant.

Mais il faut rester précis.

Il s’agit d’un modèle biologique plausible soutenu par plusieurs observations, pas d’une équation permettant de prédire l’addiction d’une personne.

L’addiction reste un phénomène multifactoriel dans lequel interviennent la génétique, l’environnement, le stress, les apprentissages, les traumatismes, les conditions sociales, les circuits cérébraux et de nombreux autres facteurs.

Le microbiote pourrait être l’un des acteurs de cette pièce.

Pas le metteur en scène unique.

Et les opioïdes ? Le microbiote pourrait aussi modifier la réponse au produit

Les opioïdes offrent un autre exemple intéressant.

Ces substances agissent directement sur des récepteurs présents dans différents tissus, notamment dans le système nerveux, mais également dans le tube digestif.

Et leur influence sur l’intestin est bien connue.

Constipation, ralentissement du transit et modifications de l’environnement intestinal peuvent accompagner leur utilisation.

La recherche s’intéresse désormais à la possibilité que les opioïdes modifient également la composition et la fonction du microbiote.

Une revue consacrée au microbiome et à l’utilisation des opioïdes décrit des interactions possibles avec les circuits du stress, de la récompense, de la motivation, de la tolérance et du sevrage… Accès à la revue

Mais là encore, une grande partie des données mécanistiques provient d’études animales ou précliniques.

Il serait donc prématuré d’affirmer qu’une modification particulière du microbiote provoque une dépendance aux opioïdes chez l’humain.

Ce que nous pouvons dire, en revanche, c’est que les opioïdes et le microbiote semblent entretenir des interactions biologiques suffisamment importantes pour justifier des recherches supplémentaires.

Et la nicotine, la cocaïne ou les méthamphétamines ?

La recherche ne s’arrête évidemment pas à l’alcool et aux opioïdes.

Des travaux étudient également les relations entre microbiote et consommation de nicotine, cocaïne et méthamphétamines.

Une revue publiée en 2022 décrit des interactions possibles entre consommation de substances, microbiote, inflammation, métabolites et fonctionnement cérébral dans différents troubles psychiatriques… Accès à la revue

Une revue systématique récente allant de 2019 à 2025 a retenu 60 études sur les effets de la consommation chronique d’alcool, nicotine, opioïdes, cocaïne et méthamphétamines sur le microbiote… Accès à la revue

Elle retrouve un schéma général intéressant : certaines consommations chroniques sont associées à une diminution de microorganismes considérés comme bénéfiques ou producteurs d’AGCC et à une augmentation de certains microorganismes opportunistes.

Mais les signatures microbiennes ne sont pas identiques d’une substance à l’autre.

Et surtout, une grande partie des travaux permettant d’explorer la causalité repose encore sur des modèles animaux.

C’est important.

Parce qu’une souris n’est pas un être humain miniature.

Elle possède elle aussi un microbiote, un cerveau et un système de récompense.

Mais elle n’a pas exactement votre histoire personnelle, vos habitudes alimentaires, votre environnement social ou votre vécu émotionnel.

Et l’addiction au sucre : le microbiote peut-il expliquer vos envies ?

Voici probablement le sujet qui va intéresser beaucoup de monde.

Parce que contrairement à l’alcool ou aux opioïdes, le sucre fait partie de notre quotidien.

Et certains aliments riches en sucre et en graisses activent puissamment les circuits de récompense.

Mais peut-on dire que le microbiote est responsable de l’addiction au sucre ?

Non, pas à ce stade.

Des travaux expérimentaux suggèrent que le microbiote peut influencer certains comportements alimentaires et que les interactions entre alimentation, récompense cérébrale et microbiote sont réelles.

Mais le terme « addiction au sucre » lui-même demande déjà de la prudence.

Les mécanismes d’une consommation compulsive de certains aliments sont complexes et ne peuvent pas être assimilés automatiquement aux troubles liés à l’usage de substances.

Ce que l’on peut dire, en revanche, est beaucoup plus intéressant :

l’alimentation façonne le microbiote, et le microbiote transforme à son tour certains composants de l’alimentation en métabolites susceptibles de modifier l’environnement intestinal et les signaux adressés à l’organisme.

Vous avez donc une boucle.

Vous nourrissez votre microbiote.

Et votre microbiote participe à la manière dont votre organisme répond à ce que vous mangez.

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Le microbiote fabrique-t-il vraiment des molécules qui peuvent modifier vos envies ?

Pas directement comme un petit chef cuisinier qui commanderait :

« Aujourd’hui, nous voulons du chocolat ! »

Ce serait amusant, mais la biologie est heureusement plus subtile.

Certaines bactéries produisent ou transforment des molécules susceptibles d’interagir avec les cellules intestinales, le système immunitaire et le système nerveux.

Certaines voies concernent notamment :

  • Les acides gras à chaîne courte
  • Le tryptophane et ses métabolites
  • Les acides biliaires
  • Certains neurotransmetteurs ou précurseurs
  • Les signaux hormonaux intestinaux

Des hormones intestinales comme le GLP-1, la ghréline ou le PYY participent également à la régulation de l’appétit et des circuits de récompense.

Le lien avec les addictions devient alors particulièrement intéressant.

Car les systèmes qui régulent la faim, la récompense et la motivation ne fonctionnent pas dans des compartiments parfaitement séparés.

Une revue consacrée à l’axe intestin-cerveau et aux troubles addictifs souligne notamment l’intérêt des peptides intestinaux comme la ghréline, le GLP-1, l’amylin et la neuromédine U dans les mécanismes de récompense liés à l’alcool et aux drogues… Accès à la revue

Votre intestin n’est donc pas simplement en train de vous demander :

« Ai-je faim ? »

Il participe à un système beaucoup plus vaste :

« Quelle valeur dois-je attribuer à ce que je vais consommer ? »

Nerf vague et microbiote : comment l’intestin peut-il atteindre le cerveau ?

Nous avons déjà rencontré le nerf vague dans les précédents articles de cette série.

Ici encore, il mérite toute notre attention.

Le nerf vague constitue une importante voie de communication entre le système digestif et le cerveau.

Mais le microbiote ne possède pas directement un petit câble branché sur le nerf vague.

Son influence est indirecte.

Les microorganismes modifient l’environnement intestinal et produisent des métabolites.

Ces molécules peuvent être détectées par les cellules intestinales ou influencer différents systèmes de signalisation.

Les informations peuvent ensuite être transmises par différentes voies, dont le système nerveux.

Imaginez une station météo.

Le microbiote ne téléphone pas directement au cerveau.

Il modifie plutôt certaines conditions atmosphériques locales.

Les capteurs intestinaux détectent ces changements.

Puis les informations remontent vers le système nerveux.

C’est beaucoup plus complexe qu’un simple message :

« Mange ceci ! »

Mais c’est justement ce qui rend le fonctionnement cellulaire passionnant.

Lire aussi >>>>>La théorie polyvagale : comprendre, intégrer et agir<<<<<

Microbiote et addictions : sommes-nous face à un cercle vicieux ?

C’est probablement l’image la plus utile pour comprendre l’ensemble du phénomène.

Une addiction peut modifier :

  • L’alimentation
  • Le sommeil
  • Le transit
  • Le métabolisme
  • La réponse immunitaire
  • le microbiote

Le microbiote modifié peut à son tour modifier :

  • Les métabolites disponibles
  • La barrière intestinale
  • Certaines voies inflammatoires
  • Certains signaux hormonaux
  • La communication intestin-cerveau

Et ces modifications peuvent influencer certains mécanismes impliqués dans :

  • Le stress
  • La motivation
  • La récompense
  • Le craving
  • Le comportement de recherche de substance

Nous obtenons alors une boucle potentielle.

Mais cette boucle n’est pas une fatalité.

Et c’est probablement la partie la plus encourageante.

Peut-on agir sur le microbiote pour agir sur les addictions ?

La question est évidemment tentante.

Si le microbiote participe au phénomène, pourquoi ne pas simplement le modifier ?

C’est là que nous devons éviter de passer trop rapidement de la recherche à la promesse thérapeutique.

Les chercheurs étudient actuellement différentes pistes :

  • Alimentation
  • Prébiotiques
  • Probiotiques
  • Synbiotiques
  • Modulation des métabolites
  • Transplantation de microbiote
  • Interventions ciblant l’inflammation

Mais nous sommes encore loin d’un protocole universel permettant de traiter une addiction en « rééquilibrant » le microbiote.

Une revue récente consacrée spécifiquement au microbiote et aux troubles addictifs souligne le potentiel de ces approches tout en rappelant que les résultats restent hétérogènes et que les mécanismes causaux doivent encore être mieux établis.

Autrement dit :

le microbiote pourrait devenir une cible thérapeutique intéressante, mais il n’est pas encore une baguette magique.

Et franchement, c’est beaucoup plus intéressant ainsi.

Car cela signifie que la recherche est encore en train de découvrir les mécanismes.

Et si l’avenir consistait à mieux comprendre le terrain biologique de l’addiction ?

Pour un praticien en santé naturelle, cette évolution de la recherche ouvre une réflexion intéressante.

Il ne s’agit pas de remplacer la prise en charge médicale ou psychologique d’une addiction.

Il s’agit de comprendre que le comportement addictif s’inscrit dans un organisme entier.

Le sommeil, l’alimentation, le stress, l’inflammation, la santé digestive, le métabolisme et l’environnement social peuvent tous participer au terrain dans lequel l’addiction évolue.

Le microbiote vient ajouter une pièce à ce puzzle.

Mais une pièce n’est pas le puzzle entier.

C’est une distinction essentielle.

Vous pouvez donc accompagner une personne sur son hygiène de vie et son terrain général sans lui dire :

« Votre microbiote est responsable de votre addiction. »

Cette affirmation serait scientifiquement excessive.

Vous pouvez plutôt lui expliquer :

« Nous savons que les addictions et le microbiote peuvent interagir. Comprendre cette relation peut nous aider à mieux prendre en compte l’ensemble du terrain biologique. »

Cette approche est à la fois plus prudente et plus intéressante.

Ce que nous savons vraiment sur le microbiote et les addictions

Après tout ce parcours, que pouvons-nous retenir ?

Les données actuelles permettent de considérer plusieurs éléments avec un intérêt scientifique réel :

  • Certaines consommations chroniques sont associées à des modifications du microbiote
  • L’alcool est particulièrement bien documenté concernant la perméabilité intestinale et la translocation microbienne
  • Certaines personnes présentant une dépendance à l’alcool présentent également des modifications de la barrière intestinale et des marqueurs inflammatoires
  • Le microbiote produit des métabolites susceptibles d’interagir avec les systèmes immunitaire, hormonal et nerveux
  • Les circuits de récompense et de motivation peuvent être influencés par des signaux provenant de l’intestin
  • Le nerf vague participe à la communication intestin-cerveau
  • Des travaux animaux suggèrent que la manipulation du microbiote peut modifier certains comportements liés à la récompense
  • Les données humaines sont encore beaucoup plus limitées pour démontrer une relation causale
  • II n’existe actuellement aucune « bactérie de l’addiction » que l’on pourrait simplement éliminer ou ajouter
  • Les interventions sur le microbiote constituent une piste de recherche, et non un traitement autonome établi des addictions

Et surtout :

l’addiction n’est pas un manque de volonté.

C’est un phénomène biologique, psychologique et environnemental complexe.

Le microbiote pourrait être l’un des éléments de cette équation.

A lire aussi >>>>>Comment agir sur vos gènes?<<<<<

Microbiote et addictions : changer de regard sans tomber dans le microbiote miracle

Nous sommes probablement au début d’une nouvelle manière de comprendre les addictions.

Pendant longtemps, nous avons regardé presque exclusivement le cerveau.

Puis nous avons compris l’importance des circuits de récompense, du stress et de la mémoire.

Nous découvrons maintenant que le cerveau échange en permanence avec l’ensemble de l’organisme.

Et au milieu de cette conversation se trouve un écosystème étonnant : le microbiote.

Il ne commande pas votre cerveau.

Il ne décide pas à votre place.

Il ne suffit pas de « rééquilibrer votre flore » pour supprimer une addiction.

Mais il participe à un environnement biologique capable d’influencer certaines voies métaboliques, immunitaires et nerveuses.

C’est déjà considérable.

Et cela nous rappelle quelque chose d’essentiel en santé intégrative :

pour comprendre un comportement, il faut parfois regarder beaucoup plus loin que le comportement lui-même.

La prochaine fois que vous vous intéresserez à une addiction, pensez donc au cerveau.

Mais pensez également à l’intestin.

Aux métabolites.

À l’inflammation.

Au sommeil.

À l’alimentation.

Au stress.

Et à toutes les communications cellulaires qui relient ces différents systèmes.

Parce que votre organisme n’est pas une collection d’organes indépendants.

C’est un réseau vivant qui communique en permanence.

Et plus nous comprenons ce dialogue, plus nous découvrons de nouvelles possibilités pour accompagner l’être humain dans sa globalité.

FAQ – Microbiote et addictions

Le microbiote peut-il provoquer une addiction ?

À ce jour, il serait excessif de l’affirmer. Les recherches montrent des relations entre microbiote, consommation de substances et mécanismes cérébraux de la récompense, mais elles ne permettent pas de considérer le microbiote comme une cause unique de l’addiction.

L’alcool peut-il modifier le microbiote ?

Oui. La consommation chronique et excessive d’alcool est associée à des modifications du microbiote, à une altération de la barrière intestinale et à une augmentation de certains marqueurs de translocation microbienne. Plusieurs études humaines l’ont montré.

Le microbiote peut-il influencer le craving ?

C’est une hypothèse sérieusement étudiée. Des études humaines chez des personnes présentant un trouble lié à l’usage de l’alcool ont notamment retrouvé des associations entre altération intestinale, inflammation et craving. Mais cela ne permet pas encore d’affirmer que le microbiote déclenche directement l’envie de consommer.

Peut-on traiter une addiction avec des probiotiques ?

Il n’existe actuellement pas de probiotique reconnu comme traitement autonome des addictions. Les probiotiques, prébiotiques et autres interventions ciblant le microbiote font l’objet de recherches, mais les preuves cliniques restent insuffisantes pour en faire une solution universelle.

Le sucre crée-t-il une addiction à cause du microbiote ?

Le microbiote peut participer aux mécanismes qui relient alimentation, métabolisme et cerveau, mais il n’est pas démontré qu’une bactérie ou un déséquilibre particulier soit responsable d’une « addiction au sucre ». La consommation compulsive de certains aliments implique de nombreux mécanismes cérébraux, métaboliques, psychologiques et environnementaux.

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