Et si votre microbiote jouait sur votre moral ? Ce que l’on sait vraiment sur le lien entre intestin et dépression

Et si votre microbiote jouait sur votre moral ? Ce que l’on sait vraiment sur le lien entre intestin et dépression

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Vous avez peut-être déjà remarqué qu’une période de stress, de fatigue ou de mauvaise alimentation ne se contente pas de perturber votre digestion. Vous dormez moins bien, vous manquez d’énergie, vous avez moins envie de sortir, parfois même moins envie de parler aux autres. Et si votre intestin participait lui aussi à cette histoire ? Les recherches sur le microbiote et la dépression s’intéressent précisément à cette question.

Cet article fait suite aux nombreuses questions de mes étudiants en naturopathie sur le microbiote et sert de ressources à leurs études.

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Sommaire

Microbiote et dépression : le constat

Pendant longtemps, nous avons imaginé notre intestin comme une sorte de tuyauterie chargée de digérer les aliments et d’éliminer les déchets. Cette vision est aujourd’hui largement dépassée. Votre intestin contient des milliards de microorganismes capables de produire des molécules, de modifier le métabolisme de certains nutriments, d’interagir avec les cellules intestinales et immunitaires et de communiquer avec le système nerveux.

Cela ne signifie évidemment pas qu’une bactérie puisse vous mettre de mauvaise humeur un lundi matin parce qu’elle aurait décidé de vous gâcher la journée.

Mais cela signifie quelque chose de beaucoup plus intéressant : le microbiote participe à un système biologique qui communique en permanence avec votre cerveau.

Et lorsqu’on observe ce système au niveau cellulaire, plusieurs voies deviennent particulièrement fascinantes : inflammation, métabolisme du tryptophane, acides gras à chaîne courte, neurotransmetteurs, nerf vague, hormones du stress et même communication avec les cellules immunitaires.

Alors, le microbiote peut-il vraiment influencer votre humeur ?

La réponse actuelle est : probablement oui, mais pas de la manière simpliste que certains discours marketing peuvent laisser entendre.

Microbiote et dépression : pourquoi votre intestin intéresse autant les chercheurs ?

Imaginez votre organisme comme une immense entreprise.

Le cerveau serait le centre de décision. Le système immunitaire, le service de sécurité. Le foie, une usine de transformation. Les muscles, les unités de production d’énergie.

Et votre microbiote ?

Il ressemblerait plutôt à une immense cité industrielle installée dans votre intestin.

Cette cité produit des molécules, transforme ce que vous mangez, dialogue avec les cellules intestinales et influence l’environnement dans lequel fonctionne votre organisme.

Le plus étonnant est que cette activité ne reste pas confinée à l’intestin.

Les microorganismes intestinaux produisent notamment des métabolites capables d’interagir avec les cellules de l’hôte. Certains participent au métabolisme des acides gras, d’autres au métabolisme du tryptophane, d’autres encore à la production ou à la transformation de molécules neuroactives.

C’est l’une des raisons pour lesquelles les scientifiques parlent aujourd’hui de l’axe microbiote-intestin-cerveau.

Il ne s’agit pas d’un câble unique reliant votre ventre à votre cerveau.

C’est plutôt un réseau de communication à plusieurs niveaux :

  • Voie nerveuse, notamment via le nerf vague
  • Voie immunitaire et inflammatoire
  • Voie hormonale
  • Métabolites produits ou transformés par les microorganismes
  • Métabolisme du tryptophane
  • Signaux provenant des cellules intestinales

Et cette communication fonctionne dans les deux sens.

Votre cerveau influence votre intestin.

Mais votre intestin peut également modifier certains signaux reçus par votre cerveau.

C’est justement cette communication bidirectionnelle qui rend le sujet si passionnant.

Que retrouve-t-on réellement dans le microbiote des personnes déprimées ?

Il existe maintenant plusieurs études comparant le microbiote de personnes souffrant de dépression à celui de personnes ne présentant pas ce trouble.

Mais attention à un piège fréquent.

Trouver une différence entre deux microbiotes ne signifie pas automatiquement que cette différence a provoqué la maladie.

C’est un peu comme découvrir que les personnes qui dorment mal boivent davantage de café.

Le café peut-il perturber leur sommeil ?

Oui.

Mais certaines personnes peuvent aussi boire davantage de café précisément parce qu’elles dorment mal.

La relation peut donc fonctionner dans plusieurs directions.

Dans une étude publiée dans Nature Microbiology, portant sur plus d’un millier de personnes et avec validation dans d’autres cohortes, certaines bactéries productrices de butyrate, notamment des bactéries des genres Faecalibacterium et Coprococcus, étaient associées à une meilleure qualité de vie. Les genres Coprococcus et Dialister étaient notamment moins représentés chez les personnes présentant une dépression. Les auteurs ont également étudié le potentiel du microbiote à produire certaines molécules neuroactives… Voir l’étude

Mais les chercheurs insistent sur l’importance des facteurs de confusion, notamment les traitements antidépresseurs.

Autrement dit, le microbiote des personnes déprimées peut être différent.

Mais nous devons encore déterminer précisément ce qui vient en premier : la modification du microbiote, la dépression, l’alimentation, les médicaments, le stress, le sommeil ou une combinaison de tous ces facteurs.

C’est beaucoup plus subtil qu’une simple liste de « mauvaises bactéries ».

Quand vos bactéries intestinales fabriquent des molécules qui intéressent le cerveau

Voici probablement l’un des aspects les plus fascinants du sujet.

Une bactérie ne possède évidemment pas une petite ligne téléphonique directe avec votre cerveau.

Elle agit surtout en modifiant son environnement et en produisant ou transformant des molécules.

Et ces molécules peuvent ensuite interagir avec les cellules intestinales, immunitaires, endocrines et nerveuses.

C’est ici qu’intervient la notion de métabolites microbiens.

Les bactéries intestinales transforment notamment les fibres alimentaires et produisent des acides gras à chaîne courte, comme :

  • L’acétate
  • Le propionate
  • Le butyrate

Le butyrate est particulièrement étudié parce qu’il constitue notamment une source énergétique importante pour certaines cellules du côlon et possède des propriétés biologiques qui dépassent largement la simple production d’énergie.

Il peut influencer l’expression de certains gènes, les fonctions de la barrière intestinale et différentes voies immunitaires.

Imaginez votre microbiote comme une cuisine.

Vous lui fournissez des ingrédients, notamment les fibres.

Les microorganismes les transforment.

Et ils vous renvoient des « plats moléculaires » que vos propres cellules peuvent ensuite utiliser ou interpréter.

Changer les ingrédients peut donc changer ce que produit la cuisine.

C’est l’une des raisons pour lesquelles l’alimentation occupe une place aussi importante dans les recherches sur le microbiote.

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Microbiote et dépression : le surprenant destin du tryptophane

Vous avez peut-être déjà entendu parler du tryptophane comme précurseur de la sérotonine.

C’est vrai, mais l’histoire est beaucoup plus intéressante qu’une simple formule :

tryptophane → sérotonine → bonne humeur.

Le tryptophane peut emprunter plusieurs voies métaboliques.

Une partie peut participer à la synthèse de sérotonine.

Une autre importante voie est celle de la kynurénine.

Et cette voie est particulièrement étudiée dans le contexte de la dépression et de l’inflammation.

Pourquoi ?

Parce que l’inflammation peut modifier l’activité d’enzymes impliquées dans le métabolisme du tryptophane, notamment l’indoléamine-2,3-dioxygénase, ou IDO.

Le tryptophane peut alors être davantage orienté vers la voie de la kynurénine.

Or certains métabolites produits dans cette voie ont des effets biologiques très différents.

Certains sont neuroactifs et peuvent intervenir dans les mécanismes de neuroinflammation ou de neurotransmission.

Votre organisme ne se contente donc pas de demander :

« Ai-je suffisamment de tryptophane pour fabriquer de la sérotonine ? »

Il doit également décider comment ce tryptophane sera utilisé.

Et le microbiote participe à cet environnement métabolique.

Des travaux de synthèse récents décrivent précisément les interactions entre microbiote, métabolisme du tryptophane, voie de la kynurénine, indoles et signaux inflammatoires dans la dépression… Voir l’étude

Cela nous conduit à une idée beaucoup plus intéressante que « les bactéries fabriquent de la sérotonine ».

Le microbiote participe à l’environnement métabolique dans lequel fonctionne votre système nerveux.

Et la sérotonine dans tout cela ?

C’est probablement ici qu’il faut être particulièrement prudent.

Vous avez peut-être entendu cette phrase :

« La majorité de la sérotonine est produite dans l’intestin. »

C’est exact dans le sens où une très grande partie de la sérotonine de l’organisme est produite en périphérie, notamment par les cellules entérochromaffines de l’intestin.

Mais cela ne signifie pas que cette sérotonine intestinale monte directement dans votre cerveau pour vous rendre heureux.

La barrière hémato-encéphalique complique considérablement cette histoire.

La sérotonine périphérique et la sérotonine cérébrale ne constituent pas un simple réservoir commun.

En revanche, le microbiote peut influencer les cellules intestinales qui participent à la production et à la libération de sérotonine, notamment par l’intermédiaire de certains métabolites.

Des travaux montrent notamment que les microorganismes intestinaux peuvent influencer la synthèse et la libération de sérotonine par les cellules entérochromaffines.

Cela nous permet donc de reformuler l’affirmation de manière beaucoup plus rigoureuse :

le microbiote peut influencer certaines voies impliquées dans la signalisation sérotoninergique, mais cela ne signifie pas qu’un probiotique « augmente directement la sérotonine du cerveau ».

Cette nuance est importante.

Elle permet de conserver toute la richesse scientifique du sujet sans transformer une hypothèse biologique en promesse thérapeutique.

Microbiote et dépression : quand l’inflammation entre dans l’équation

Imaginez maintenant que votre intestin soit comme une frontière.

Une frontière saine doit laisser passer ce qui est utile tout en limitant le passage anarchique de substances susceptibles d’activer fortement le système immunitaire.

La barrière intestinale joue notamment ce rôle.

Elle repose sur plusieurs éléments :

  • Mucus
  • Cellules épithéliales
  • Jonctions entre les cellules
  • Système immunitaire intestinal
  • Interactions permanentes avec le microbiote

Lorsque cet équilibre est perturbé, la signalisation immunitaire peut elle aussi changer.

Or l’inflammation et la dépression sont aujourd’hui étudiées ensemble dans de nombreux travaux.

Cela ne veut pas dire que toute dépression serait provoquée par une inflammation intestinale.

Ce serait beaucoup trop simpliste.

Mais certaines personnes présentant une dépression présentent également des modifications de certains marqueurs inflammatoires.

Le microbiote pourrait participer à cette interface entre intestin, immunité et cerveau.

On peut alors imaginer une chaîne possible :

alimentation, stress ou autres facteurs → modification de l’environnement intestinal → changement du microbiote et de ses métabolites → modification de certaines voies immunitaires → modification des signaux adressés au cerveau.

Cette chaîne n’est pas une explication universelle de la dépression.

C’est plutôt l’un des mécanismes biologiques que les chercheurs tentent de comprendre.

Le Guide de l'inflammation

Le nerf vague : la grande autoroute entre votre intestin et votre cerveau

Si votre intestin devait envoyer un message au cerveau, comment pourrait-il le faire ?

Une partie de la réponse passe par le nerf vague.

Il relie le cerveau à différents organes et joue un rôle majeur dans la communication entre le système digestif et le système nerveux.

Et contrairement à l’image que l’on pourrait avoir, cette communication n’est pas uniquement descendante.

Votre cerveau parle à votre intestin.

Mais votre intestin envoie également en permanence des informations vers votre cerveau.

Imaginez une conversation téléphonique permanente.

Votre cerveau demande :

« Comment ça va là-dessous ? »

Votre intestin répond :

« La digestion se passe bien, mais il y a beaucoup de travail après ce repas. »

Ou parfois :

« Il y a un problème dans l’environnement intestinal. Le système immunitaire est activé. »

Les microorganismes peuvent participer indirectement à cette conversation en modifiant l’environnement chimique détecté par les cellules intestinales et nerveuses.

Certaines cellules intestinales spécialisées sont elles-mêmes capables de détecter des molécules provenant de l’environnement intestinal et de communiquer rapidement avec le système nerveux.

Le microbiote n’a donc pas besoin de « voyager jusqu’au cerveau » pour influencer certains signaux cérébraux.

Il peut modifier le message envoyé depuis l’intestin.

Les psychobiotiques : peut-on vraiment mettre un probiotique dans la boîte à outils de l’humeur ?

C’est ici que le terme psychobiotique devient particulièrement intéressant.

Le concept a été proposé par Timothy Dinan, Catherine Stanton et John Cryan pour désigner des microorganismes susceptibles d’avoir des effets bénéfiques sur certains aspects de la santé mentale via l’axe intestin-cerveau.

Depuis, le terme a pris de l’ampleur.

On étudie notamment certaines souches de Lactobacillus et de Bifidobacterium.

Mais attention à une erreur très fréquente :

Un probiotique n’est pas automatiquement un psychobiotique !

Et même lorsqu’une souche présente un effet intéressant dans une étude, cela ne signifie pas que toutes les bactéries de la même espèce auront le même effet.

La souche compte.

La dose compte.

La durée compte.

Le terrain de la personne compte.

L’alimentation compte.

Et le contexte clinique compte également.

C’est un peu comme comparer deux voitures simplement parce qu’elles portent le même logo.

Elles appartiennent peut-être à la même marque, mais leurs moteurs peuvent être complètement différents.

Que disent réellement les études sur les probiotiques et la dépression ?

C’est probablement la partie la plus importante si vous voulez éviter les promesses excessives.

Les essais cliniques se multiplient.

Une méta-analyse publiée en 2019, regroupant 19 essais randomisés en double aveugle et près de 1 900 participants, trouvait une amélioration des symptômes dépressifs avec les probiotiques, notamment dans le sous-groupe des personnes présentant un trouble dépressif majeur. Mais les résultats n’étaient pas homogènes selon les populations étudiées… Voir l’étude

D’autres analyses sont plus prudentes.

Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2023, portant sur des patients dépressifs, n’a pas retrouvé d’effet global statistiquement significatif sur les symptômes dépressifs dans les quatre essais retenus, malgré certains résultats intéressants sur la cognition.

Plus récemment, une méta-analyse portant sur des personnes souffrant de dépression mais ne recevant pas de traitement psychotrope a retrouvé une diminution statistiquement significative des symptômes avec les probiotiques. Toutefois, l’effet était modeste et certaines analyses de sensibilité ne retrouvaient plus de différence significative… Voir l’étude

Que faut-il comprendre de ces résultats parfois contradictoires ?

Tout simplement que la piste est sérieuse, mais qu’elle n’est pas encore suffisamment stabilisée pour transformer les psychobiotiques en traitement universel de la dépression.

Et c’est justement ce qui rend la recherche intéressante.

Certaines souches donnent-elles déjà des résultats intéressants ?

Oui.

Mais il faut parler de souches précises, et non de « probiotiques » en général.

Par exemple, Bifidobacterium longum 1714 a fait l’objet de plusieurs essais chez l’humain.

Dans une étude randomisée en double aveugle, cette souche a modifié certains paramètres d’activité cérébrale chez des volontaires soumis à un stress social.

Une autre étude menée chez des adultes présentant des troubles du sommeil a observé des améliorations concernant certains paramètres du sommeil, de la vitalité et du fonctionnement social avec cette même souche, même si tous les paramètres mesurés n’étaient pas améliorés.

Autre exemple : Lactobacillus plantarum PS128.

Une petite étude ouverte chez des personnes présentant un trouble dépressif majeur avait observé une diminution de certains scores de symptômes.

Mais un essai ultérieur randomisé, en double aveugle, chez 32 personnes souffrant de dépression majeure et recevant déjà un antidépresseur n’a pas retrouvé de différence significative entre PS128 et placebo sur l’évolution de la sévérité de la dépression… Voir l’étude

Voilà pourquoi il faut être prudent.

Une étude positive ne signifie pas automatiquement que le produit fonctionne pour tout le monde.

Et une étude négative ne signifie pas non plus que toute la piste microbiote est inutile.

La recherche avance précisément grâce à cette confrontation entre hypothèses et résultats.

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Les psychobiotiques agissent-ils simplement en « augmentant la sérotonine » ?

Non, et cette vision mérite d’être abandonnée.

Le cerveau n’est pas une baignoire dans laquelle il suffirait de verser davantage de sérotonine pour faire monter le niveau de bonheur.

La biologie cellulaire est beaucoup plus subtile.

Les psychobiotiques pourraient potentiellement agir par plusieurs voies :

  • Modulation du métabolisme du tryptophane
  • Production ou transformation de molécules neuroactives
  • Influence sur les acides gras à chaîne courte
  • Interaction avec les cellules immunitaires
  • Modulation de certaines voies inflammatoires
  • Influence sur l’axe du stress
  • Communication avec le système nerveux entérique
  • Interaction indirecte avec le nerf vague
  • Modification de la barrière intestinale

Certains travaux étudient également le BDNF, une protéine impliquée notamment dans la plasticité neuronale et l’adaptation du cerveau.

Une méta-analyse de 2023 a notamment observé une augmentation du BDNF dans certains contextes de supplémentation probiotique chez des personnes dépressives, ainsi qu’une diminution de la CRP dans certains sous-groupes présentant des comorbidités somatiques… Voir l’étude

Mais là encore, il serait excessif d’en conclure qu’un probiotique « répare le cerveau ».

La biologie fonctionne rarement avec un seul interrupteur.

Elle fonctionne plutôt comme un tableau de commande comportant des centaines de réglages.

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Microbiote et dépression : et si le problème était aussi votre environnement intestinal ?

Une question intéressante apparaît alors.

Faut-il chercher « la bactérie de la déprime » ?

Probablement pas.

Le microbiote est un écosystème.

Chercher une seule bactérie responsable de la dépression reviendrait un peu à chercher le poisson responsable de l’état d’un aquarium entier.

Ce qui compte, c’est aussi :

  • La diversité microbienne
  • Les interactions entre microorganismes
  • Les métabolites produits
  • Les ressources alimentaires disponibles
  • L’intégrité de la barrière intestinale
  • Le fonctionnement immunitaire
  • Le contexte métabolique de l’hôte

Une étude sur le microbiote et la dépression peut donc identifier une association avec certaines espèces sans que celles-ci soient nécessairement « responsables » du trouble.

Et cette distinction est essentielle.

Le microbiote est probablement davantage un écosystème fonctionnel qu’une simple collection de bactéries.

Peut-on nourrir son microbiote pour soutenir son équilibre émotionnel ?

C’est probablement l’une des questions les plus intéressantes pour le quotidien.

Et la réponse commence beaucoup moins dans une boîte de probiotiques que dans votre assiette.

Les bactéries intestinales ont besoin de substrats.

Certaines fibres alimentaires constituent notamment des ressources importantes pour la fermentation microbienne.

Une alimentation variée contenant régulièrement :

  • Légumes
  • Fruits
  • Légumineuses
  • Céréales complètes
  • Noix et graines
  • Aliments riches en fibres

Cette alimentation peut contribuer à fournir différents substrats au microbiote.

Mais il n’existe pas non plus de « régime anti-dépression du microbiote » universel.

Votre microbiote est personnel.

Votre alimentation l’est également.

Et si vous changez brutalement votre alimentation, votre intestin peut vous rappeler assez rapidement que les bactéries intestinales ont, elles aussi, leurs petites habitudes.

Vous augmentez soudainement les fibres ?

Votre microbiote peut apprécier.

Votre ventre, lui, peut demander quelques jours d’adaptation.

La progression compte donc souvent davantage que la recherche d’une solution spectaculaire.

Et si le stress modifiait lui aussi votre microbiote ?

Nous avons tendance à imaginer une relation à sens unique :

« Je suis stressé, donc mon intestin va mal. »

Mais l’histoire est probablement plus intéressante.

Le stress agit sur le système nerveux autonome, les hormones, la motricité digestive, les sécrétions intestinales et le système immunitaire.

Tous ces éléments peuvent modifier l’environnement dans lequel vivent les microorganismes.

En retour, les métabolites microbiens peuvent influencer certaines voies impliquées dans la réponse au stress.

Nous obtenons alors une boucle :

stress → intestin → microbiote → métabolites → signaux immunitaires et nerveux → cerveau → réponse au stress.

Et cette boucle peut être entretenue par le manque de sommeil, une alimentation déséquilibrée, la sédentarité ou certains facteurs environnementaux.

Cela ne signifie pas que tout se résume au microbiote.

Mais cela explique pourquoi une approche intégrative peut être intéressante.

Microbiote et dépression : faut-il prendre un probiotique ?

Pas automatiquement.

C’est probablement le point sur lequel il faut être le plus clair.

Un complément probiotique peut être intéressant dans certains contextes, mais les données scientifiques ne permettent pas de recommander indistinctement n’importe quel probiotique à n’importe quelle personne pour prévenir ou traiter une dépression.

Les études utilisent des souches différentes, des doses différentes, des durées différentes et des populations différentes.

Il est donc impossible de transformer les résultats d’une étude sur une souche précise en recommandation générale pour toutes les bactéries.

Et surtout, un psychobiotique ne doit pas être présenté comme un substitut à une prise en charge médicale d’une dépression.

Si vous traversez une période de tristesse persistante, de perte d’intérêt, d’épuisement, de troubles du sommeil ou de pensées très négatives, le microbiote peut constituer un sujet intéressant à explorer avec un professionnel.

Mais il ne doit pas détourner votre attention d’une prise en charge adaptée.

Ce que nous savons vraiment sur le microbiote et la dépression

Après toutes ces découvertes, que pouvons-nous réellement retenir ?

Voici les points les plus solides.

  • Le microbiote communique avec l’organisme par des voies nerveuses, immunitaires, métaboliques et endocrines
  • Des différences de composition ou de fonctionnement du microbiote sont observées dans plusieurs études chez les personnes souffrant de dépression
  • Certaines bactéries et certains métabolites sont associés à une meilleure qualité de vie ou à des symptômes dépressifs différents
  • Le métabolisme du tryptophane constitue une voie particulièrement étudiée
  • L’inflammation peut modifier certaines voies métaboliques reliant l’intestin au cerveau
  • Certaines souches probiotiques présentent des résultats intéressants dans des essais humains
  • Les résultats restent cependant variables et dépendent fortement des souches, des populations et des protocoles
  • Les psychobiotiques constituent une piste de recherche, pas une solution universelle
  • Le microbiote ne peut pas expliquer à lui seul la dépression

Et surtout, association ne signifie pas causalité.

C’est probablement la phrase à retenir de tout cet article.

Une nouvelle vision du cerveau : et si nous étions moins « séparés » que nous le pensions ?

Pendant longtemps, nous avons étudié les organes séparément.

Le cerveau ici.

L’intestin là.

Le système immunitaire ailleurs.

Le métabolisme encore ailleurs.

Mais votre organisme ne fonctionne pas avec des départements qui ne se parlent jamais.

Les cellules échangent des molécules.

Les hormones circulent.

Les neurotransmetteurs transmettent des informations.

Le système immunitaire surveille en permanence son environnement.

Le microbiote transforme une partie de ce que vous lui fournissez.

Et le cerveau interprète une quantité considérable de signaux provenant de l’ensemble de l’organisme.

C’est probablement ce qui rend la recherche sur le microbiote et la dépression aussi passionnante.

Nous ne sommes pas en train de découvrir qu’une bactérie « contrôle notre cerveau ».

Nous découvrons quelque chose de beaucoup plus subtil :

Notre état mental est inscrit dans un organisme entier, et cet organisme comprend aussi l’intestin, le système immunitaire, le métabolisme et les microorganismes qui vivent avec nous.

La prochaine fois que vous entendrez parler d’un « probiotique miracle pour retrouver le moral », gardez donc votre curiosité… mais également votre esprit critique.

La recherche est prometteuse.

Elle avance rapidement.

Et elle nous oblige surtout à regarder l’être humain comme un système vivant dans lequel les cellules, les microorganismes, le cerveau et l’environnement dialoguent en permanence.

C’est peut-être là que se trouve la véritable révolution du microbiote : ne plus considérer notre intestin comme un simple organe digestif, mais comme l’un des grands carrefours biologiques de notre organisme.

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FAQ – Microbiote et dépression

Le microbiote peut-il provoquer une dépression ?

Les données actuelles montrent des associations entre microbiote et dépression et suggèrent plusieurs mécanismes biologiques possibles. Elles ne permettent cependant pas d’affirmer qu’un déséquilibre du microbiote provoque à lui seul une dépression.

Les probiotiques peuvent-ils améliorer l’humeur ?

Certaines études montrent une diminution des symptômes dépressifs avec certaines formulations probiotiques, mais les résultats restent variables. Les effets semblent dépendre notamment des souches utilisées et du profil des personnes étudiées.

Qu’est-ce qu’un psychobiotique ?

Le terme désigne des microorganismes étudiés pour leurs effets potentiels sur la santé mentale via l’axe microbiote-intestin-cerveau. Il ne signifie pas que tous les probiotiques ont une action sur l’humeur.

Le microbiote produit-il de la sérotonine ?

Certaines bactéries peuvent produire ou transformer des molécules neuroactives et influencer les cellules intestinales impliquées dans la signalisation sérotoninergique. Mais la sérotonine produite dans l’intestin ne doit pas être assimilée directement à la sérotonine cérébrale.

Peut-on améliorer son microbiote naturellement ?

Une alimentation diversifiée, riche en végétaux et en fibres, constitue l’une des approches étudiées pour soutenir la diversité et l’activité du microbiote. Mais il n’existe pas de méthode unique adaptée à tout le monde.

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